En déplacement sur Langres afin d’obtenir des aides
en munitions, Victor Martin fait la connaissance du capitaine Richard et du
lieutenant Magnin, connus pour leurs brillants états de service, en particulier
dans la région de Nogent en Bassigny…
Voici les faits.
Nous sommes le 6 décembre 1870, un détachement
prussien arrive aux portes de la ville pour une réquisition. A la vue de ces
soldats sur la place de l’hôtel de ville de Nogent, les villageois se
regroupent. La foule manifeste son hostilité quand arrive une compagnie de
mobiles de Haute Savoie qui surprend les prussiens et tue 2 sentinelles. S’en
suit un combat de rue qui se termine par le décrochement du détachement prussien
qui s’enfuit, laissant armes et bagages au village.
Réponse bien tardive de la garnison de Langres
Pendant tout ce temps, des appels en direction de Langres avainet été lancés. En vain. Le général Arbelot, gouverneur de Langres ne répondra que bien tardivement en envoyant une colonne de 2000 hommes qui s’arrêtera sur les hauteurs de Vesaignes et ne parviendra à Nogent que vers 15H00 pour saluer la victoire des 2 compagnies.
Naturellement, les Allemands sont furieux de ce
deuxième échec. Et ils le font savoir à la population par le biais des otages.
Ils se vengeront sur les Nogentais, ils brûleront Nogent ! Le 8 décembre,
le Général Arbelot quitte Nogent pour Langres en laissant 1200 hommes sur
place. Alors que chacun se prépare au nouvel assaut, la nouvelle tombe :
Arbelot décide de retirer les soldats qui étaient restés sur place laissant le bourg sans défenses. Seules les
compagnies de Richard et de Magnin demeureront dans le village avec les mobiles
nogentais , soit environ une centaine d’hommes. Naturellement, des espions vont
se charger de prévenir le commandement allemand qui décide une expédition de
plus de 2000 hommes pour punir Nogent.
Partis de Chaumont l’armée allemande se divise en trois corps. Le premier en ligne droite sur Nogent, le deuxième pour occuper la route de Nogent à Langres sur les hauteurs du bois de Marsois et la pointe élevée de Lapeyrière, le troisième enfin sur la route de Biesles qui mène à Nogent. Encerclée de toutes parts, Nogent n’a aucune chance. Qu’à cela ne tienne. On s’organise et on attend l’ennemi qui ne tarde pas à apparaître direction Sarcey alors qu’un autre corps installe ses batteries venues par Biesles. Ce déploiement forme un véritable cercle d’enfermement dont Nogent serait le centre. Impossible d’en sortir. La troupe de Magnin s’élance contre les Prussiens en direction de Sarcey. Le combat s’engage à la hauteur de la ferme de Paicheuse. Au même moment les Prussiens bombardent Nogent laissant la voie à leurs troupes qui ravagent les quartiers de la ville haute. Dans les bois de Marsois, la population affolée fuit le bourg, repoussée à coups de fusils par les troupes venues par la route de Langres. Alors que ces combats font rage, la colonne du centre s’approche de la ville basse.
La ville résiste et pendant plus d’une heure de temps, l’ennemi peine à avancer. Il doit reculer devant la bravoure et l’ingéniosité des Mobiles et des Turcos. Hélas, l’arrivée du corps du centre sur Nogent le Bas va modifier les lignes de front. Georgin, garde national, sera le premier à s’en apercevoir. Dans un élan désespéré, il abat le commandant de la colonne et un soldat avant d’être à son tour abattu par un feu de peloton. Encerclées de toute part, nos deux compagnies doivent battre retraite vers la seule issue qu’elles pensent possible : Nogent le Bas ! Mais les Prussiens les y attendaient. L’étau se referme et un combat forcené commence qui ne respectera aucunes des règles militaires en vigueur. On massacre civils et militaires, on achève les blessés. Bref, tout ce qui s’offre à leur vue est passé par les armes. On pille, on détruit, on brûle. Les Prussiens répandent dans les maisons du pétrole en abondance de sorte que la ville basse est complètement en feu. Tous les habitants qui essaient de s’échapper des flammes par les portes ou par les fenêtres sont accueillis par des grêles de balles. Dans ce corps à corps sanglant, comment imaginer que certains francs-tireurs vont s’en sortir ? Pourtant . . .
Vers la fin
de l’assaut
Vers 4H00 de l’après-midi, alors que nos soldats
tentent de se réfugier dans la ville haute qui a moins souffert de l’assaut que
du pilonnage continu des pièces prussiennes, des troupes de gardes mobiles du Gard qui apparaissent dans la direction de
Montigny, pressent l’armée prussienne à quitter les lieux. Lourd bilan de cette
sinistre journée ; l’ennemi avait tué, pillé, volé, saccagé et s’en allait
chargée d’un butin important. Heureusement que le régiment de gardes mobiles du
Gard ont réagi car les appels à l’aide incessants en direction de Langres sont
restés sans réponse. Le gouverneur de Langres
est coutumier du fait et les compagnies de la région le savent. Et rien
n’indique que le général Arbelot ait dû rendre compte de son comportement après
le conflit comme ce fut le cas de Bazaine.
Sur le chemin de la Délivrance
Les gardes rescapés de Nogent continuèrent leurs
actions dans la région de Donnemarie où les habitants assuraient leurs
retraites au péril de leurs vies. Le
maire Ravier sommé par les Prussiens de dénoncer ces francs-tireurs prit
le parti de les aiguiller sur une fausse piste. Ces recherches infructueuses
incitèrent les troupes ennemies à la retraite au grand soulagement de la
population. Quant à notre petite troupe
reconstituée, elle décida de rejoindre les rangs du camp de la Délivrance où
elle fut accueillie par leur chef Victor
MARTIN et ses officiers Adamistre, Bernard, Coumès et Maillières pour poursuivre leurs
actions contre l’invasion prussienne.
Les derniers mots au poète Bernard Dimey, enfant du pays de Nogent
« .
. . Au monument des Morts qu’on appelait Mobiles
Assassinés
pour rien sous Napoléon III,
On
déchiffrait des noms mais c’était difficile
Et, debout, sur le mur, on dominait les bois. .
. »
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B Dimey |