vendredi 2 octobre 2020

Décembre 1870, Raid prussien sur Nogent en Bassigny

 


 

En déplacement sur Langres afin d’obtenir des aides en munitions, Victor Martin fait la connaissance du capitaine Richard et du lieutenant Magnin, connus pour leurs brillants états de service, en particulier dans la région de Nogent en Bassigny…

Voici les faits.

Nogent en Bassigny en fin d’année 1870 




Nous sommes le 6 décembre 1870, un détachement prussien arrive aux portes de la ville pour une réquisition. A la vue de ces soldats sur la place de l’hôtel de ville de Nogent, les villageois se regroupent. La foule manifeste son hostilité quand arrive une compagnie de mobiles de Haute Savoie qui surprend les prussiens et tue 2 sentinelles. S’en suit un combat de rue qui se termine par le décrochement du détachement prussien qui s’enfuit, laissant armes et bagages au village.

 




La réaction ne se fait pas attendre


Le 7 décembre, une colonne forte d’environ 500 hommes apparaît aux portes de Nogent et installe deux batteries sur les hauteurs du bourg. Sur place, la  compagnie de Haute Savoie et la compagnie du Gard s’organisent. Afin de protéger Nogent des combats, elles décident de porter l’affrontement hors des murs de Nogent, l’une se déployant au nord-ouest du bourg, et l’autre vers le sud-est pour une manœuvre concertée d’encerclement de l’ennemi. Mais ils n’en auront pas le temps car les Prussiens, sûrs de ne pas être inquiétés, pénètrent rapidement dans Nogent et commencent à se venger sur les habitants. Ils brisent, pillent, violentent la population. Des notables, dont le maire,  sont pris en otages lorsque, soudain, les compagnies de mobiles réapparaissent en ville. Le commandant St Jean des mobiles de la Haute Savoie tuant de son chassepot le chef de la colonne prussienne ! Les combats continuent, les Prussiens capturent et fusillent des villageois quand le bataillon du Gard entre en scène. Il mitraille la colonne surprise sur son flanc droit qui sera contrainte de se retirer en direction de Biesles entraînant leurs otages avec elle.  500 soldats prussiens soutenus par une puissante artillerie mis en déroute par 150 conscrits armés de bric et de broc ! Un exploit qui galvanisera la résistance dans la région.


 

Réponse bien tardive de la garnison de Langres


Pendant tout ce temps, des appels en direction de Langres avainet été lancés. En vain. Le général Arbelot, gouverneur de Langres ne répondra que bien tardivement en envoyant une colonne de 2000 hommes qui s’arrêtera sur les hauteurs de Vesaignes et ne parviendra à Nogent que vers 15H00 pour saluer la victoire des 2 compagnies.

Naturellement, les Allemands sont furieux de ce deuxième échec. Et ils le font savoir à la population par le biais des otages. Ils se vengeront sur les Nogentais, ils brûleront Nogent ! Le 8 décembre, le Général Arbelot quitte Nogent pour Langres en laissant 1200 hommes sur place. Alors que chacun se prépare au nouvel assaut, la nouvelle tombe : Arbelot décide de retirer les soldats qui étaient restés sur place  laissant le bourg sans défenses. Seules les compagnies de Richard et de Magnin demeureront dans le village avec les mobiles nogentais , soit environ une centaine d’hommes. Naturellement, des espions vont se charger de prévenir le commandement allemand qui décide une expédition de plus de 2000 hommes pour punir Nogent.

 

Deuxième expédition prussienne


Partis de Chaumont l’armée allemande se divise en trois corps. Le premier en ligne droite sur Nogent, le deuxième pour occuper la route de Nogent à Langres sur les hauteurs du bois de Marsois et la pointe élevée de Lapeyrière, le troisième enfin sur la route de Biesles qui mène à Nogent. Encerclée  de toutes parts, Nogent n’a aucune chance.  Qu’à cela ne tienne. On s’organise  et on attend l’ennemi qui ne tarde pas à apparaître  direction Sarcey alors qu’un autre corps installe ses batteries venues par Biesles. Ce déploiement forme un véritable cercle d’enfermement dont Nogent serait le centre. Impossible d’en sortir. La troupe de Magnin s’élance contre les Prussiens en direction de Sarcey. Le combat s’engage à la hauteur de la ferme de Paicheuse. Au même moment les Prussiens bombardent Nogent laissant la voie à leurs troupes qui ravagent les quartiers de la ville haute. Dans les bois de Marsois, la population affolée fuit le bourg, repoussée à coups de fusils  par les troupes venues par la route de Langres. Alors que ces combats font rage, la colonne du centre s’approche de la ville basse.



La ville résiste et pendant plus d’une heure de temps,  l’ennemi peine à avancer. Il doit reculer devant la bravoure et l’ingéniosité des Mobiles et des Turcos. Hélas, l’arrivée du corps du centre sur Nogent le Bas va modifier les lignes de front. Georgin, garde national, sera le premier à s’en apercevoir. Dans un élan désespéré, il abat le commandant de la colonne et un soldat avant d’être à son tour abattu par un feu de peloton. Encerclées de toute part, nos deux compagnies doivent battre retraite vers la seule issue qu’elles pensent possible : Nogent le Bas ! Mais les Prussiens les y attendaient. L’étau se referme et un combat forcené commence qui ne respectera aucunes des règles militaires en vigueur. On massacre civils et militaires, on achève les blessés. Bref, tout ce qui s’offre à leur vue est passé par les armes. On pille, on détruit, on brûle. Les Prussiens répandent dans les maisons du pétrole en abondance de sorte que la ville basse est complètement en feu. Tous les habitants qui essaient de s’échapper des flammes par les portes ou par les fenêtres sont accueillis par des grêles de balles. Dans ce corps à corps sanglant, comment imaginer que certains francs-tireurs vont s’en sortir ? Pourtant . . .

 

Vers la fin de l’assaut

Vers 4H00 de l’après-midi, alors que nos soldats tentent de se réfugier dans la ville haute qui a moins souffert de l’assaut que du pilonnage continu des pièces prussiennes, des troupes de gardes mobiles  du Gard qui apparaissent dans la direction de Montigny, pressent l’armée prussienne à quitter les lieux. Lourd bilan de cette sinistre journée ; l’ennemi avait tué, pillé, volé, saccagé et s’en allait chargée d’un butin important. Heureusement que le régiment de gardes mobiles du Gard ont réagi car les appels à l’aide incessants en direction de Langres sont restés sans réponse. Le gouverneur de Langres  est coutumier du fait et les compagnies de la région le savent. Et rien n’indique que le général Arbelot ait dû rendre compte de son comportement après le conflit comme ce fut le cas de Bazaine.




 







Sur le chemin de la Délivrance



Les gardes rescapés de Nogent continuèrent leurs actions dans la région de Donnemarie où les habitants assuraient leurs retraites au péril de leurs vies. Le  maire Ravier sommé par les Prussiens de dénoncer ces francs-tireurs prit le parti de les aiguiller sur une fausse piste. Ces recherches infructueuses incitèrent les troupes ennemies à la retraite au grand soulagement de la population. Quant à notre  petite troupe reconstituée, elle décida de rejoindre les rangs du camp de la Délivrance où elle fut accueillie par  leur chef Victor MARTIN et ses officiers Adamistre, Bernard,  Coumès et Maillières pour poursuivre leurs actions contre l’invasion prussienne.

 




Les derniers mots au poète Bernard Dimey, enfant du pays de Nogent

« . . . Au monument des Morts qu’on appelait Mobiles

Assassinés pour rien sous Napoléon III,

On déchiffrait des noms mais c’était difficile

Et,  debout, sur le mur, on dominait les bois. . .  »


B Dimey


 

 






samedi 12 septembre 2020

Victor MARTIN, sous-préfet à Neufchâteau en 1870.



Le contexte
L’Alsace et la Lorraine sont envahies. Tous les espoirs s’effondrent les uns derrière les autres. D’abord Sedan, puis les capitulations de Toul,  Strasbourg et enfin de Metz ouvrent la voie vers Paris.
Libérées des résistances lorraines, les troupes prussiennes peuvent progresser. Elles entrent dans Neufchâteau le 6 novembre 1870. Elles s’apprêtent à s’opposer à l’armée de la Loire que le gouvernement provisoire tente d’organiser en évoluant vers Langres et Chaumont. L’état-major allemand utilisera la ville de Neufchâteau comme base arrière qui accueillera une garnison permanente d’un millier d’hommes !



Freycinet


Si les troupes françaises connaissent la débâcle, des groupes de corps francs s’organisent un peu partout que le gouvernement provisoire tentera de rationaliser en les plaçant sous le commandement de corps constitués. Début octobre, avant même l’arrivée de l’avant-garde prussienne, la résistance s’organisait à Neufchâteau autour d’un groupe de personnes qui formèrent dans le plus grand secret un comité de défense nationale. Un des membres du groupe Alexandre Goupil, fut mandaté pour prendre l’attache du gouvernement provisoire qui  siégeait à Tours. Résultat de la démarche de Goupil : par ordre ministériel du 9 novembre 1870 signé par Freycinet , un comité militaire est officiellement institué pour la défense des départements des Vosges, de la Meurthe et de la Meuse.
   





Avec M. Victor MARTIN, néocastrien né le 26 mars 1821, sous-préfet de Neufchâteau,  comme président et chef militaire.  Ce sous-préfet fraîchement nommé  a donc tous les pouvoirs sur le comité qui aura pour mission de freiner voire de barrer la route des assaillants par des actions militaires ciblées. Gambetta, ministre de la guerre, met à disposition du comité un officier de francs-tireurs, le capitaine Bernard, avec la mission de recruter un corps franc qui aura pour nom « Avant-Garde de la Délivrance ».

gouvernement Provisoire


 La naissance de l’Avant-Garde
Tout est donc prêt pour que notre comité présidé par Victor MARTIN commence à recruter et à tisser un maillage propre à harceler l’assaillant. Sauf que, travailler dans le secret à Neufchâteau submergée par les troupes ennemies qui ne cessent d’arriver n’est guère possible. Des indiscrétions parviennent aux oreilles du commandant prussien qui demande des instructions à Epinal pour neutraliser cet embryon de résistance. Prévenus à temps MARTIN et son comité décident de quitter Neufchâteau pour Lamarche. Le même jour, le 27 novembre, le domicile de Victor MARTIN à Neufchâteau est cerné dès l’aube par les Prussiens qui effectuent une perquisition brutale que la famille va subir  plusieurs heures durant.
C’est décidé, Lamarche,  stratégiquement carrefour des départements des Vosges, de la Haute Saône et de la Haute Marne, sera la base de repli du corps franc des soldats de la délivrance.
Enfin, le recrutement commence : Une trentaine d’hommes venus de Langres qui sont commandés par l’officier Coumès, une trentaine d’anciens soldats recrutés par Bernard et environ 25 guides-forestiers placés sous les ordres Rambaux,  garde général des forêts de Bulgnéville pour un effectif d’une centaines d’hommes regroupés dans les bois de Lamarche.
L’information circule et les recrues affluent, qu’elles soient locales ou venues des diverses armées en déroute vaincues dans l’est du territoire. Les traces de ces mouvements sont difficiles à retrouver parce que mal archivées, mais on parlera de 1000 à 1500 hommes en début de 1871
De mi-décembre à mi-janvier, de nombreuses troupes prussiennes passèrent dans la région pour rejoindre l’armée de Werder, officier allemand promu général  après la capitulation de Strasbourg, qui battra l’armée française successivement à Villersexel, puis à Héricourt en janvier.

L’installation du corps franc
Au fil des escarmouches avec les troupes de passage,  la position devient dangereuse et MARTIN décide de s’installer au cœur de la forêt de Boëne à une dizaine de kilomètres de Lamarche. De décembre  70 à janvier 71, les compagnies de francs-tireurs de l’avant-garde de la Délivrance durent s’organiser : elles assurèrent le ravitaillement par des attaques de convois de nourriture, des aides du commandement de Langres et des aides de la population environnante. Le camp prend forme avec la construction de bâtiments pour les soldats et leurs officiers. Le camp fut entouré d’une palissade, protégé par des avant-postes informés par un service de renseignements sur les alentours. Le comité s’occupa d’installer au sein du camp une maréchalerie, une armurerie et une ambulance.

Plan du camp


Des francs-tireurs enfin opérationnels
Bref, l’organisation du camp est assurée et le commandement va pouvoir s’organiser pour les futures opérations militaires. Des missions de natures différentes, selon qu’elles émanent du gouvernement provisoire auprès duquel  Victor MARTIN, Sous-Préfet, prend ses ordres, ou qu’elles soient dictées par les renseignements sur les mouvements des troupes d’occupations. Ces actions se sont déroulées sur un vaste territoire aux confins de la Haute Marne, des Vosges et de la Meuse dans des conditions périlleuses sans moyens ni soutiens logistiques. Bien souvent, les habitants de ces régions durent supporter les actions de répression du commandement allemand qui se vengeait sur la population locale.

Créer un corps franc certes, mais dans quel but ?
Nous l’avons donc vu, Gambetta a donné son feu vert pour la constitution d’un corps franc aux ordres du commandant Bernard et sous la houlette administrative de Victor MARTIN, Sous-Préfet. Mais quelle stratégie avait poussé Gambetta à mettre en place ce corps franc ? Très simple. Depuis que les corps d’armées allemands sont libérés progressivement des sièges qu’ils avaient mis en place, ils se dirigent tout droit vers Paris. On imagine aisément que la difficulté première des troupes ennemies qui s’étendent sur des centaines de kilomètres en sol français, c’est  l’approvisionnement. A telle enseigne que, à chaque fois que l’armée allemande le peut, elle réquisitionne les structures de chemin de fer qui lui permettent d’acheminer très rapidement les troupes, l’armement et la nourriture. Une seule façon de barrer la progression : détruire des voies de communication par chemin de fer. Détruire la ligne Paris / Strasbourg, ligne principale de ravitaillement des armées allemandes engagées au cœur du pays, voilà la mission essentielle du corps franc !





Les préparations


Mais où intervenir ? Sur le viaduc de Liverdun ? sur le viaduc de Fontenoy ? Sur le tunnel de Foug ou sur celui de Pargny? Missionnés par l’ingénieur Goupil et  le capitaine  Coumès partent en reconnaissance de la voie ferrée de Fouard et Commercy. Suite à leurs observations, le Sous-Préfet Victor MARTIN préside une dernière réunion et prend avis de ses différents officiers pour arrêter une décision.  Après bien des délibérations, il fut décidé que ce serait à la hauteur du pont de Fontenoy sur Moselle que la ligne de chemin de fer serait coupée. Le commandant Bernard décide de la composition de la colonne expéditionnaire : le bataillon du Gard, un bataillon de la Délivrance et trois compagnies de partisans.
 Lamarche / Fontenoy, ce sont 90 kilomètres de trajet qui seront à accomplir dans des conditions météo difficiles avec du verglas, de la neige et des températures voisines de moins 20° la nuit. Départ le 18 janvier à midi. La petite colonne forte de 300 francs-tireurs et de 13 officiers choisis préalablement se met en route, accompagnée de la compagnie des mobiles du Gard qui devront faire diversion sur Foug. Ils sont suivis par un chariot rempli de vivres, de munitions et d’outils ainsi que de quatre chevaux portant 200kg de poudre.



Le trajet


Après un arrêt à Vaudoncourt vers 9H du soir, la colonne repart pour la ferme école de Lahayevaux sur les hauteurs d’Attignéville entre Châtenois et Autreville. 40 km de marche dans la neige et le froid. Un des participants témoigne : « Alors commencèrent nos plus grandes misères. La neige s’était accumulée sous le couvert du bois et formait une couche épaisse où nous nous enfoncions jusqu’aux genoux. Le trajet était si difficile que les soldats tombaient épuisés sur le bord du sentier. » Première alerte ! Les Allemands, avertis du fait que des francs-tireurs ont quitté le camp,  commencent à s’agiter, de sorte qu’on abandonne la diversion sur Foug : le bataillon de mobiles du Gard est renvoyé sur Lamarche en renfort sur le camp de Boëne.  Les chasseurs restent cachés dans la ferme école et l’opération de Fontenoy est retardée de 24H. Le 20 janvier, à 6H du soir, la marche est reprise dans le plus profond silence. Après 35 km, la colonne s’arrête vers 3H du matin à la ferme St Fiacre près de Vannes-Le-Chatel. Pour la dernière étape, la colonne est allégée de ses chariots. Les chevaux porteront la poudre et les hommes le matériel.  Il ne faut pas traîner car la proximité de Toul et de ses garnisons d’occupation allemande devient dangereuse. Direction Bicqueley  où nos soldats vont franchir la Moselle à Pierre la Treiche. Pas simple avec tout ce matériel, sans compter les conditions météo désastreuses et la fatigue des hommes. Un bac  improvisé est  enfin prêt pour le passage de la colonne qui parvient à rejoindre l’autre rive avec tout son attirail. Elle arrive vers 6H à Fontenoy, le jour va se lever. Le corps des francs-tireurs sait qu’un détachement prussien est installé dans le village. Ce détachement est fort de 50 hommes, de deux sous-officiers et de 40 hommes de troupes. La gare est surveillée par 10 hommes de garde et, le pont par 2 sentinelles.




le pont de Fontenoy


Le pont va sauter !
Le commandant Bernard distribue les rôles à chacune des compagnies et l’attaque commence ! Les compagnies Coumes et Magnin surprennent le poste de garde et massacrent les sentinelles. Le télégraphe est aussitôt coupé. Pendant ce temps, deux autres compagnies se déploient dans le village à la recherche d’autres soldats allemands à neutraliser. De son côté, la compagnie Adamistre se charge du pont. Elle déblaie le ballast au niveau du puits qui conduit aux  chambres de mines qui avaient été aménagées à la construction du pont, ce que les allemands ignoraient. Après quelques tâtonnements, l’équipe trouve enfin le puits et place la poudre le plus rapidement possible. Les mèches sont allumées et la troupe se replie rapidement sur Fontenoy. Alors que l’Angelus sonne au clocher de Fontenoy, le pont saute dans un fracas épouvantable! Le 22 janvier à 7H30 du matin c’est une brèche de plus de 40 mètres qui  immobilise cette voie de transport stratégique pour les troupes allemandes. Deux arches qui s’engloutissent dans la Moselle. Mission accomplie et le corps franc organise rapidement son repli à travers la forêt de Haye.


destruction du pont


Le retour
Le ralliement est prévu sur la route de Nancy à Toul, direction les bois de Gondreville. Le capitaine Mallière accompagné de quelques hommes les rejoindront en soirée . La colonne  franchit la Moselle recouverte de glace à la hauteur de Maron et arrive à Gimey d’où elle repart vers 5H du soir. Dans la nuit du 23 au 24, la colonne  marque une pose à Vandeléville. Enfin, le 24 janvier au soir, les francs-tireurs de la Délivrance sont  reconnus par les avant-postes du camp de Boëne installés à la hauteur de Bulgnéville.
Bilan de ce coup de force, en 6 jours, les francs-tireurs du camp de la Délivrance  ont parcouru plus de 180 km bravant, le froid, la glace, la neige ou la pluie dans des conditions extrêmes. Ils ont surmonté leurs fatigues et leurs moments de découragement pour assumer l’objectif ultime de leur mission : faire sauter ce pont de Fontenoy. La collaboration entre les hommes et les actions coordonnées entre les différentes compagnies ont permis cet exploit sans que l’expédition ne coûtât un seul homme !

trajet aller / retour



Les habitants de Fontenoy, victimes de la répression
Malheureusement, on ne peut pas en dire autant pour la population de Fontenoy qui dut subir les représailles du commandement allemand. Le 22 janvier,  les prussiens envahissaient le village et chassaient les habitants de leurs maisons pour les rassembler sur un monticule voisin. Dans le froid, sans abris et sans nourriture, ils durent y rester plus de 24H à regarder leur village qui brûlait de la main vengeresse des allemands.  Les Prussiens sont certains de la connivence des habitants avec le commando d’autant qu’ils pensent que l’angélus a sonné comme un signal. En représailles,  23 otages furent conduits à Nancy tandis que, sur ordre de Berlin, le village était pillé et détruit. Comme si ce n’était pas suffisant, le 23 Janvier, un décret impérial ordonnait une contribution de dix millions de francs à titre d’amende. Un avis à la population somme les villages situés dans un rayon de 10 Km  de la ville de Toul de ne plus sonner leurs cloches jusqu’à nouvel ordre.

le ponte détruit


Le village incendié




arrêté de l'état major allemand



Stèle à la mémoire d'une victime civile




Conséquence du raid sur Fontenoy


Suite à l’exploit de Fontenoy, l’irritation des Prussiens était à son comble, ils voulaient exterminer l’avant-garde de la Délivrance. Victor Martin recevait de ses espions des renseignements sur le mouvement des troupes prussiennes à Epinal : 6000 hommes sortis d’Epinal avec 12 canons qui se dirigent vers Lamarche pour détruire le camp! Le sous-préfet MARTIN envoie un émissaire à la recherche d’un appui auprès du général Meyer en résidence à Langres. C’est là qu’il rencontre  Lobbia,  lieutenant de Garibaldi, qui dispose de 1500 hommes et de 2 canons de montagne. Ce lieutenant accepte de se porter au secours du corps franc de la Délivrance  et de barrer la route entre Darney et Lamarche au détachement prussien parti d’Epinal. Mais le sort en décida autrement car, dès le 2 février, un chef d’infanterie prussienne se présentait aux abords des avant-postes de Lamarche avec des drapeaux parlementaires : il se disait mandaté par la commission prussienne de Neufchâteau pour traiter d’une suspension d’armes suite à l’armistice paru au journal officiel du 28 janvier. Refus du sous-préfet qui n’a aucune nouvelle  du commandement français. Après plusieurs jours de menaces et de sommations, le sous-préfet MARTIN recevait l’ordre du gouvernement français d’évacuer le camp de Boëne  et de rejoindre les troupes françaises rassemblées à Châlon sur Saône.




Le départ de l’Avant-Garde de la Délivrance


Le 8 février, l’armée  de la Délivrance quittait Lamarche. Imaginez le spectacle : D’abord les éclaireurs, puis le chef militaire et le comité de Défense Nationale. Puis venaient le bataillon du Gard, commandé par le capitaine Renaud et  le bataillon de la délivrance sous les ordres du capitaine Bernard.  Enfin, le convoi pour le ravitaillement qui se composait d’une quarantaine de voitures de provisions de bouche, d’une dizaine de voitures de munitions, et d’un troupeau d’une quarantaine de bêtes à cornes. Au total plus de 1000 hommes qui se rendaient à Châlon.  Le 13 février, la colonne arrive à Grey où civils et militaires leur rendent honneur. Le 14 février, la colonne obtient le droit de traverser les lignes prussiennes entre deux haies formées par un escadron d’honneur prussien en grande tenue et au port d’armes pour arriver à Dôles où ils furent accueillis par des chants nationaux, des vivats et des fleurs. Rien qui ne manquât au triomphe de l’avant-garde de la délivrance !




L’arrivée à Châlon-sur Saône

Enfin, le 17 février, arrivée à Châlon-sur-Saône. Le Sous-Préfet Victor Martin remet son commandement au capitaine Coumès qui a la charge de conduire ses troupes à Chambéry où elles seront rattachées au corps d’armée du Général Crémer par décision ministérielle. MARTIN, quant à lui, est attendu à Bordeaux par le Gouvernement Provisoire  pour la  rédaction d’un rapport circonstancié sur les faits et gestes du Comité militaire des Vosges, de la Meurthe et de la Meuse sur la période qui part de la date de sa nomination à Neufchâteau à la reddition de février. Les officiers de l’avant-garde de la Délivrance furent immédiatement décorés de la Légion d’honneur par le gouvernement de la Défense Nationale alors que leur chef, au grand regret des membres du comité, dut attendre 10 ans avant de l’être à son tour en  janvier 1881. 
compte rendu de la main du sous-préfet Martin



Il le fut par le Grand Chancelier « pour services exceptionnels rendus pendant la guerre de 1870/71 ». Pourquoi si tard ? La réponse est probablement politique. Souvenons-nous : Gambetta démissionne le 7 février de son ministère et, le 17 février, Thiers est élu chef du pouvoir exécutif. Le 25 février Victor MARTIN adresse son rapport au gouvernement fraîchement remanié. La collaboration et la  complicité du sous-préfet  avec Gambetta durant cette période a-t-elle joué en sa défaveur alors que l’ancien ministre de l’intérieur était banni des sphères gouvernementales naissantes ? Nul ne le sait.

nomination pour la Légion d'Honneur


Epilogue

Un monument commémoratif a été érigé sur la commune de Fontenoy sur Moselle par souscription publique en 1899. Son originalité, en dehors de sa conception, réside dans le fait que tous les noms des protagonistes, militaires et civils, victimes ou survivants,  sont portés sur les plaques du monument. Tous ? Sauf celui du Président du Comité de l’avant-garde de la Délivrance.


Monument à Fontenoy sur Moselle


plaque du monument

Gravure du monument



Victor Martin a terminé sa vie à Rouceux où il est décédé le 4 janvier 1895. Quelles traces reste-t-il de son engagement dans la lutte contre les Prussiens, de ses exploits salués par tous, y compris par les troupes  des vainqueurs ? Une rue de Neufchâteau, sa ville natale, et un titre sur son acte de décès : « Chevalier de la Légion d’Honneur, Sous Préfet du Gouvernement de la Défense Nationale, ancien Président du Comité de Défense militaire des Vosges. »





Extrait de décès



Tombe allée E Neufchâteau








mercredi 5 août 2020

1870, une drôle de guerre tombée dans l’oubli



Un conflit entre l’empire français et la Confédération des états allemands
Dès le début du conflit, les batailles s’engagent très vite à la frontière. Sarrebruck le 2 août victoire française, Wissembourg le 4 août victoire prussienne, Spicheren le 6 août victoire prussienne, Woerth le 8 août, victoire prussienne. On note le siège de Toul le 16 août et le siège de Metz le 20 août. Le décors est planté dans cette région du Grand Est où les armées sont très proches les unes des autres. Elles se cherchent, s’esquivent ou se rencontrent au hasard des hésitations d’un commandement qui, faute de réseaux de communications efficaces, n’a pas de stratégie précise et calculée. C’est ainsi que Bazaine ne répond ni à St Privat, ni à Mars la Tour alors qu’une intervention aurait pu changer le cours des évènements. Les armées françaises ont tendance à utiliser le repli à l’intérieur des terres. En réponse, les troupes prussiennes établissent systématiquement des sièges aux endroits stratégiques, sièges dont l’armée française ne se sort jamais parce que l’artillerie prussienne est beaucoup plus efficace que le canon français.




Strasbourg, 16 août 1870 / 28 septembre 1870


Après la bataille de Frœschwiller-Wœrth, le général Von Werder  se dirige avec son armée vers la forteresse de Strasbourg.  Cette forteresse, considérée comme la place forte la mieux défendue de France, est protégée par la garnison du 87° de Ligne de l’armée du Rhin Armée  sous le commandement du Général  Ulrich


Général Ulrich



Général Von Werder



















Metz :     20 aout / 28 octobre


Dans un premier temps, Bazaine, Commandant de l’armée du Rhin se replie  sur Chalon sur Marne pour y rejoindre des réserves et faire face aux troupes allemandes qui progressent sur le territoire. Puis il se replie vers Metz avec la seule armée véritablement constituée forte de 180 000 hommes ignorant complètement, faute de coordination et de tactique, l’évolution des champs de bataille autour de lui.  Il est talonné  par la 2° armée  allemande du Prince Frédéric Charles qui cherche l’affrontement.

Maréchal Bazaine






Prince Frédéric Charles




Sedan : 1 & 2 septembre 1870
L’armée du camp de Châlons forte de 4 corps d’armée est sous le commandement de Mac Mahon. Dans le but de secourir Bazaine à Metz, il reçoit l’ordre de venir de porter secours à la ville assiégée. Talonné par l’armée allemande, il dirige ses troupes vers les Ardennes. Harcelée par les avant-gardes de la III° armée prussienne, Mac Mahon  décide de se réfugier sur Sedan où le combat sera engagé le 1° septembre. Bataille qui tourne au désastre et aboutit à l’abdication de Napoléon III en personne.


Maréchal Mac-Mahon






Maréchal Von Molkte

















Abdication ne veut pas dire fin de la guerre !
Bismarck se rend très vite compte que l’abdication de Napoléon III ne résout rien. Certes le butin est impressionnant : 4 corps d’armée prisonniers avec l’armement et les munitions. 



Mais en France, chacun réagit selon ses convictions. Gouvernement Provisoire à Paris. Armée de Bazaine aux ordres de l’impératrice qui demeure à Paris, Armée d’Ulrich à Strasbourg qui se met aux ordres du gouvernement provisoire.
Alors que beaucoup de sièges se poursuivent, la guerre continue donc avec des armées qui se reconstituent avec des parties de régiments qui ont échappé à l’ennemi, avec des déserteurs et de nouveaux mobilisés par les départements et l’état naissant. Globalement, l’état d’esprit du peuple français est à la poursuite de la guerre. Les hommes politiques espèrent un sursaut patriotique à l’image de ce qui s’était produit sous la révolution française.

 
Détail monument de Poitiers de 1870


A qui s’adressera désormais l’état allemand ?
A l’empire représenté par le fils de Napoléon III ou l’impératrice ? A Jules Favre, ministre des affaires étrangères, Léon Gambetta, ministre de la guerre ? 
Dans l’immédiat, l’armée de Mac Mahon est défaite à Sedan, l’armée de Bazaine est retenue à Metz et celle d’Ulrich à Strasbourg. Les troupes allemandes ont le champ libre pour pénétrer sur le territoire français direction Paris. Elles ne rencontrent que quelques résistances des troupes françaises qui commencent à s’organiser sous l’impulsion des départements qui résistent et du gouvernement provisoire qui réorganise ses  armées et prend ses marques.


Les armées du gouvernement provisoire
L’armée de la Loire.
L’armée de la Loire est formée en octobre 1870 par Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur et de la Guerre du gouvernement de la Défense nationale, réfugié à Tours, pour poursuivre, après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870, la guerre contre les Allemands.
Elle sera commandée successivement par les généraux d'Aurelle,  de Paladines et  Chanzy.

Général De Paladines





Général Chanzy
















L’armée du Nord.
Elle a pour mission la défense du Nord de la France, qui comprend les départements de la Somme, de l'Aisne, du Pas-de-Calais et du Nord. Son commandement  est confié au général Faidherbe.


Général Faidherbe





























L’armée de l’Est.

Elle a pour objectif de couper les arrières et les lignes de communication des Prussiens, et au passage, de délivrer Belfort, où le Colonel Denfert-Rochereau s'est enfermé avec ses troupes dans la citadelle

Général Bourbaki





Colonel Denfert-Rochereau


















L’armée des Vosges.
L'Armée des Vosges est constituée en octobre 1870 et placée sous les ordres de Giuseppe Garibaldi afin d'assurer la défense de la route de Lyon des armées prussiennes lors de la guerre franco-allemande de 1870.
Tout ce dispositif français est mis en œuvre pour barrer la route de Paris aux différentes armées allemandes qui progressent rapidement et bénéficient des victoires sur Metz et Strasbourg pour augmenter leurs effectifs

Garibaldi






Le siège de Paris.
Alors que la résistance s’organise, les troupes allemandes parviennent aux portes de et commencent le siège de la ville le 19 septembre. Malgré les efforts des armées françaises reconstituées, le gouvernement provisoire ne parviendra pas à assurer la levée de ce siège qui se terminera le 28 janvier 1871 avec des conditions imposées par Bismarck qui marqueront le peuple français. Abandon de territoires, dommages de guerre jamais égalés importants  occupations provisoires  sont autant de vexations qui auront les conséquences que l’on sait.

Siège de Paris

Les négociations aboutissent le 26 février aux préliminaires signés à Versailles.
A la suite de ces négociations, l’armée du Nord et l’armée des Vosges sont dissoutes le 7 mars 1871, l’armée de la Loire est dissoute le 14 mars 1871. Le sort de l’arme de l’Est sera différent. Sa situation n’est pas réglée par les négociations de Versailles. Les combats continuent donc et les troupes sont acculées vers la frontière suisse où un accord sera trouvé pour une convention qui permettra aux quelques 90 000 hommes de passer la frontière. Cet épisode a été immortalisé par le panorama Bourbaki, fresque de plus de 100 m de long, exposée à Lucerne.

Extraits du panorama Bourbaki

Les armes déposées à la frontière suisse

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Panorama Bourbaki

















Bilan du conflit
Sept mois de guerre ou plutôt sept mois d’une succession de batailles au gré des déplacements des troupes avec une supériorité indiscutable de l’organisation allemande qui utilise efficacement le télégraphe au niveau de la communication alors que les Français en sont encore aux pigeons voyageurs … Cette maîtrise de l’information leur a permis d’anticiper toutes les manœuvres françaises et de collaborer efficacement au niveau du commandement.
L’introduction d’armes nouvelles, fusils Chassepot pour la France / canons Krupp pour l’Allemagne, a trouvé son champ d’expérimentation en dimension réelle lors de ce conflit.
139000 morts côté français, 51000 morts côté allemand. Sans égaler celles du conflit qui va suivre, les pertes sont conséquentes.
Le coût de la guerre exigé par l'Allemagne est exorbitant: 5 milliards de francs indexés sur l'or comme garantie. Jamais une telle somme n'a été demandée en dommage de guerre. Cependant, la bonne santé financière de la France et la gestion habile de Thiers permettront au pays de payer avec plus d'une année d'avance, et d'obtenir une libération anticipée des territoires français occupés.



Sur les cantons de Neufchâteau et de Coussey, le Cercle Généalogique du Pays de Jeanne a comptabilisé une soixantaine de soldats morts pour la France. Le relevé des noms et l’étude des archives civiles et militaires ont permis de rassembler des documents et de faire une synthèse d’ensemble qui feront l’objet d’une exposition au printemps 2021.

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