dimanche 16 février 2025

Vous avez dit fusion?

 

Les anciens villages du département, le cas de L’Étanche

Il est de ces petits villages oubliés dans les Vosges dont le nom n’évoque plus aujourd’hui que des hameaux ou des lieux-dits de nos campagnes. C’est le cas de l’Étanche, petit village d’à peine 100 âmes, traversé par le voyageur revenant par la route d’Epinal au XIX° siècle. Jadis, on traversait donc ce petit village de l’Étanche, qui s’est développé autour d’une abbaye de l’Ordre de Citeaux. Là, ce fut toute une communauté de paysans, d’artisans et d’ouvriers qui s’est installée et qui a fait vivre ce village de façon quasiment autonome pour ne pas dire isolée. Jusqu’à la Révolution.

Dernier mariage sous l’ancien régime a eu lieu entre Jean Baptiste AIMÉ, jardinier demeurant à la maison de l’Étanche et Marguerite CROIBERT demeurant à l’Étanche le 30 juillet 1992. Pour les registres paroissiaux, l’Étanche dépendait de Rollainville.




Changement de régime

Première naissance au village enregistrée par Jean Joseph ROUSSELOT, maire de l’Étanche. Marie, fille de Jean Baptiste AIMÉ et de Marguerite CROIBERT née, l’an second de la République. L’Étanche est devenu un village, avec sa mairie, son école et toute l’infrastructure que demande l’organisation de ce village qui vient de prendre son indépendance.

Au lendemain de la révolution, le village est considéré comme l’un des plus pauvres du département des Vosges. Après la revente des biens de l’abbaye comme biens nationaux, on compte deux à trois propriétaires qui exploitent les anciens bâtiments, de sorte qu’il n’y a aucun bien collectif. Il n’y a ni bois, ni terrains communaux appartenant à la commune, donc pas d’affouages. 



La population du village

La population restera stable tout au long du XIX° siècle autour d’une soixantaine d’habitants avec quelques pics, 85 en 1846, 72 en 1866, 81 en 1891. Cela peut s’expliquer par l’évolution du village et la transformation des bâtiments de l’abbaye à des fins industrielles plus ou moins réussies. En fait, la variation du nombre d’habitants correspond à la fluctuation du nombre d’ouvriers qui viennent s’installer plus ou moins durablement pour les besoins des différentes activités industrielles qui tentent de se développer.

Ils sont souvent considérés par les gens du bourg comme des étrangers. Etrangers au village, étrangers à la région ou étrangers au pays. Ce que nous relevons dans les registres d’état civil.




Des créations d’entreprises dans le village

Une confection de sabots s’est installée dans le village, exploitant la forêt toute proche et le savoir-faire des paysans du secteur.

Avec sa matière toute proche, le bois, une scierie s’installe sur les bords de la Frezelle.

Diverses activités voient le jour. Une fabrique de ciment, une fabrique de cercles de tamis, de bardeaux et d’échalats complètent cet ensemble qui semble promis à un bel avenir.

C’est ce que pensent les propriétaires du lieu qui favorisent l’installation d’ouvriers et d’artisans avec le souci d’apporter de la modernité, celle du XIX° siècle naissant.

Une partie de l’abbaye est transformée en une papeterie chargée de répondre aux besoins croissants en papier. Au bout de quelques années, elle acquière une certaine réputation dans la plaine.

Pour répondre aux besoins croissants de la population, une fabrique de tissage de coton appartenant à 3 associés, venus de la ville voisine, emploie jusqu’à une trentaine d’ouvriers. Impressionnant pour une petite localité comme l’Etanche. D’autant qu’une teinturerie s’installe à proximité dans le but de teindre le tissu qui sort des métiers tout proches.



Une révolution dans la culture

Une famille DE LAGABBE, de la grande bourgeoisie de Neufchâteau investit dans l’agriculture. Elle favorise l’installation d’une ferme d’avant-garde, véritable modèle de la modernisation de l’agriculture salué par les autorités de l’époque. Quelques commentaires contemporains à ces innovations : « Sur un des points saillants de la commune, se trouvent les bâtiments d’une ferme dont les dépendances peuvent atteindre 150 hectares. Cette propriété est cultivée par des fermiers travailleurs et intelligents qui s’efforcent par de bons procédés d’améliorer le sol et contribuent par d’incessants efforts à faire avancer la marche des progrès. Les diverses récompenses qu’ils ont obtenues à plusieurs comices agricoles du chef-lieu d’arrondissement prouvent suffisamment la vérité de ce qui a été avancé plus haut. »

Des produits transformés

Parallèlement à cette production agricole, on développe tout un savoir-faire autour de la transformation des produits récoltés. Une exploitation maraîchère se charge de la transformation des fruits ramassés. C’est ainsi que seront exploitées les quetsches des vergers environnants : des séchoirs pour faire des pruneaux et des alambics pour l’eau de vie.

Ajoutez à cela une huilerie et un moulin à grains et vous aurez une idée assez complète du développement de l’Etanche après la Révolution



Vers une fusion avec Rollainville

Malgré cela, le village ne se développe guère, en dehors de l’apport de population engendré par les besoins en main d’œuvre. Ce type de développement démographique est un peu à l’image des cités industrielles qui se sont nées de la migration d’une main d’œuvre qui se déplace au gré des besoins du développement économique mais ne se fixe pas. Pas de quoi donc structurer un village naissant. Il n’y a pas de mairie ou d’école digne de ce nom et les témoignages des maîtres d’école qui sont passés par là sont unanimes : les conditions d’accueil et de gestion de la population ne sont pas satisfaisantes. Les demandes d’aides aux autorités pour une amélioration des bâtiments communaux sont trop souvent sans réponses. Raison de plus pour ne pas s’établir.



En conséquence, le nombre d’habitants de l’Étanche diminue inexorablement au fil des ans.

Ils ne sont plus qu’une trentaine en 1905.  Pas de structures communales adaptées, une population en régression, voilà de quoi alimenter toutes les idées de fusion !


1905, la fin d’un village et le début d’une association

C’est donc en 1905 que le pas est franchi. l’Étanche devient un hameau de Rollainville. L’état civil  de l’Étanche est clos et celui de Rollainville enregistre désormais les actes de la vie courante du village et de son tout nouveau hameau.

Quel a été l’avis des populations concernées ? Leur a-t-on seulement demandé leur avis ? Difficile de répondre.

Au recensement de 1905, le hameau de l’Étanche compte 7 familles pour un total de 18 individus. On y retrouve les noms de VOILQUIN, GUYON, LHUILLIER,  BECK,  MANGIN, DEVAUX, BELLAMY, MAHALIN et COURRIERE.

 


Qui se souvient aujourd’hui que L’Étanche fut un jadis village des Vosges ? Sans doute personne à part quelques historiens régionaux et des généalogistes qui ont eu un ancêtre qui a peut-être vécu dans une de ces habitations à l’abri d’une abbaye cistercienne autrefois prestigieuse.

 

J. Voirin, Président du Cercle Généalogique du Pays de Jeanne.













 


























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