mardi 19 mai 2020

Tracé de la frontière franco-allemande en 1870




Traité de Francfort
Le Traité de Francfort, 
mettant fin à la guerre franco-prussienne de 1870/1871.

Il est signé entre la France et l'Allemagne à Francfort le 10 mai 1871.

Il fait suite à l'armistice du 28 janvier 1871.




Il prévoit que seront annexés: 


- En Alsace: les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, à l'exception de l'arrondissement de Belfort
- En Moselle: les arrondissements de Sarreguemines, Metz, Thionville et 11 communes de l'arrondissement de Briey, dont celles où se sont déroulées  des batailles ( St Privat )
- En Meurthe: les arrondissements de Sarrebourg (exceptées 9 communes )  et Château-Salins
- Dans les Vosges: les cantons de Saales et Schirmeck.
La France perd 14470 kilomètres carrés, 1694 communes et 1597000 habitants.



C’est sur la base de ce traité que, le général Louis Doutrelaine fait appel à Laussedat  pour le seconder à la commission de la délimitation de la frontière franco-allemande à Bruxelles.

Ce militaire, par ailleurs promu lieutenant-colonel du génie, est nommé le 15 mai 1871, rapporteur et secrétaire de la commission de la délimitation de la frontière de l'Est. À ce titre, il est chargé du piquetage de la nouvelle frontière franco-allemande, selon les clauses du préliminaire de paix de février 1871.

Qui était le Lieutenant colonel Laussedat?


Aimé Laussedat (1819-1907)



Aimé LAUSSEDAT


Né le 19 avril 1819 à Moulins, il est mort le 19 mars 1907 (à 87 ans) à Paris. Ce fut un scientifique français aujourd'hui méconnu dans son pays.Astronome spécialiste de la géodésie, il fut tout à la fois géomètre, photographe, topographe, et cartographe. Il a exercé des années durant à l'Ecole Polytechnique, d'abord comme élève, puis comme répétiteur de géodésie (1853) et enfin comme professeur d’astronomie.




Il fut ensuite responsable éminent au Conservatoire National des Arts et Métiers. C'est donc un ingénieur militaire en début de carrière qui sera officier du Génie pendant la guerre de 1870 à 1871.



Jumelle pour la métrophotographie
Cet officier du Génie, polytechnicien de la promotion 1838, est un des pionniers français de l'iconométrie photographique et de la photogrammétrie.
Il s'agit d'applications de la photographie respectivement à la mesure et au lever des plans ou à la reconnaissance de formes. 
Il contribue à développer cette science qu’il dénommera métrophotographie par des applications pratiques dès 1861 dès lors que la technique permet des mesures métriques précises, aussi bien en topographie qu'en architecture.




Le rôle de Laussedat dans le traité de Francfort





Laussedat met donc son savoir-faire au service de la défense des intérêts de l’état français dans les tractations avec l’Allemagne. La  France vaincue  aura fort à faire  pour  défendre ses toutes  positions. 
Tout est à prendre en compte, économie des zones frontalières, positions stratégiques de certains territoires, configuration du terrain dans les tracés et, accessoirement, les vœux des populations concernées.



Dans une première étape, il s’agira de faire un véritable travail de cartographie pour présenter un projet cohérent à la commission. En dehors des réalités du terrain vécues par les populations au quotidien, le point de litige est simple : zone stratégique de la région de Belfort contre zone économique dans la région de Thionville, avec une double exigence contextuelle : d'une part celle de l’intégrité des territoires de communes frontalières, de l'autre, celle de la viabilité des réseaux routiers et des  lignes de chemin fer qui sont en place.



Frontière au Col de la Schlucht
Soucieux de parvenir à une solution la plus acceptable possible, Laussedat multiplie les contacts avec les hommes politiques de la région, les élus et les habitants frontaliers afin d’avoir une connaissance la plus fine possibles de la réalité du terrain.  Le projet et ses variantes possibles sont présentés à l’Assemblée des députés fraîchement élus. Ceux-ci suivront les réquisitions de Thiers qui favoriseront le choix de garder Belfort au détriment du secteur de Thionville.





Anciens départements et tracé frontière
Deuxième étape dont il aura la charge : l’application de ce tracé sur le terrain.  il  lui faudra batailler avec les émissaires allemands et les habitants pour parvenir à un piquetage, d’abord des piquets fichés dans le sol qui seront remplacés par des bornes ou des poteaux frontière. La frontière se construit pas à pas en consultant les plans cadastraux et les limites des communes.










La décision des politiques


Borne frontière allemande




De ce tracé  naîtront le département de la Meurthe Moselle, fait d’une partie de la Meurthe et de la Moselle et d’une partie de la Moselle avant guerre et le territoire de Belfort correspondant à l'ancien arrondissement du Haut-Rhin.

L’Assemblée nationale, qui s’est réunie à Bordeaux le 13 février 1871, ratifiera le tracé que les plénipotentiaires des deux parties ont arrêté avec beaucoup de difficulté.




Assemblée Nationale à Bordeaux



Gouvernement de la défense nationale




















Laussedat, père de la cartographie moderne


Entrée du Conservatoire

Après la guerre, le colonel du Génie Laussedat enseigne en 1872 la cartographie et la topographie au Conservatoire national des arts et métiers. Il devient directeur d'étude à l'École polytechnique en 1879. Il est chargé de la direction des études à l'École du Conservatoire National des Arts et Métiers. Dès sa retraite militaire en 1881, il en deviendra le directeur  pour  terminer sa carrière en 1900.








M. Laussedat avait acquis une renommée internationale surtout au niveau de la photographie dans les relevés topographiques et les observations astronomiques. 
Espagnols et Américains reconnaissent que Laussedat, précurseur de la photographie aérienne, est un des premiers utilisateurs à des fins  scientifiques de l'outil photographique pour la cartographie. À partir des années 1990, avec la numérisation des images, ces techniques ont pour objet les applications de la science à la défense du pays.

Appareil de relevés au XIX° siècle


Drone de relevés utilisé aujourd'hui














Laussedat dans le monde

« Nul n’est prophète en son pays. » Alors que le nom de Laussedat est quasi inconnu en France, le service d'arpentage canadien a donné ce nom à deux monts de la vaste chaine des Rocheuses en 1911. Le premier dans la haute vallée de la Columbia a été dénommé "Mont Laussedat" (3 059 m), le second en surplomb des sommets dentelés  dans la haute vallée de la Fraser a pris le nom de « The Colonel » (2 786 m) en rappel de son grade.

Imagery 2020 British  Colombia


Pour plus d'informations sur cette période et l'historique  de l'édification de cette frontière, vous pouvez consulter le livre de Kévin Goeuriot:  

le semeur de larmes

roman historique qui reprend tout le périple de Laussedat le long de la Moselle, de la Meurthe et des Vosges à la recherche d'une nouvelle frontière



première de couverture





samedi 14 mars 2020

Protestation des députés du Grand Est au traité d'annexion de l'Alsace Lorraine


Traité de 1870, vote de l’Assemblée Nationale.








28 janvier 1871. Armistice de la guerre de 1870. C’est le désordre au niveau du territoire français occupé par l’armée allemande qui s’installe en attendant des dommages de guerre que le traité va ratifier. On observe une très grande disparité entre Paris et la province. Paris affiche sa  volonté de résistance, alors que  la province veut en finir avec la guerre.





Des élections législatives au suffrage universel ont lieu le 8 février 1871. Suite à ces élections, l’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux le 13 février 1871. Elle est dominée par les partis conservateurs (en particulier les royalistes). 






Le 16 février, Jules Grévy est porté à la présidence de l’Assemblée, Adolphe Thiers est élu chef du gouvernement. Il obtient carte blanche pour négocier les préliminaires de paix avec Bismarck.


Jules Grevy


Adolphe Thiers






En pleine négociation de paix, le 17 février, Emile Keller, député,  proteste contre la volonté du gouvernement français d’abandonner à l’Allemagne naissante l’Alsace-Lorraine.




Emile Keller
« Je n'ai pas, à l'heure qu'il est, la prétention de changer des dispositions trop arrêtées dans un grand nombre d'esprits. Seulement j'ai tenu, avant de quitter cette enceinte, à protester, comme Alsacien et comme Français, contre un traité qui à mes yeux est une injustice, un mensonge et un déshonneur, et, si l'Assemblée devait le ratifier, d'avance j'en appelle à Dieu, vengeur des justes causes, j'en appelle à la postérité qui nous jugera les uns et les autres, j'en appelle à tous les peuples qui ne peuvent pas indéfiniment se laisser vendre comme un vil bétail, j'en appelle enfin même à l'épée de tous les gens de cœur, qui, le plus tôt possible, déchireront ce détestable traité ! »



Emile Kuss



Mais Thiers demeure intraitable.
Même la mort subite de Emile Kuss, maire de Strasbourg, terrassé par une crise cardiaque à Bordeaux le 1er mars 1871 et les grandioses funérailles que lui font les Strasbourgeois n’y changeront rien.















Le texte préliminaire sera ratifié par l’Assemblée Nationale réunie le 1° mars à Bordeaux. 546 voix pour, 23 abstentions et 170 voix contre. Parmi ces voix contre ce texte, les 35 députés des territoires cédés à l’Allemagne dans le cadre du traité protestent dans l’hémicycle.







Jules Grosjean, Adjoint au maire de Strasbourg, a la triste charge de lire la protestation officielle ratifiée par les 35 députés :









« Messieurs, je suis chargé par tous mes collègues des départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, présents à Bordeaux, de déposer sur le bureau, après en avoir donné lecture, la déclaration suivante :
« Les représentants de l'Alsace et de la Lorraine ont déposé, avant toute négociation de paix sur le bureau de l'Assemblée nationale, une déclaration affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leur volonté et leur droit de rester françaises. Livrés, au mépris de toute justice et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, nous avons un dernier devoir à remplir. Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement. La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera.
Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et malgré l'amertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos cœurs est une pensée de reconnaissance pour ceux qui pendant six mois n'ont pas cessé de nous défendre, et d'inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes violemment arrachés. Nous vous suivrons de nos vœux et nous attendrons, avec une confiance entière dans l'avenir, que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée. Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conserveront à la France absente de leurs foyers une affection filiale, jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place. »



L’annexion de L’Alsace et la Lorraine se fera selon un tracé de frontières âprement négocié par les émissaires des deux pays, toute une histoire qui fera l’objet d’un prochain article.





En attendant, on peut imaginer l’impact de ce traité sur les familles de l’est de la France dont le destin a été scellé, d’un trait de plume de géographe dans les bureaux feutrés de quelques ministères. Le choix pour les frontaliers fut terriblement simple. Soit abandonner la nationalité française pour adopter la nationalité allemande; soit quitter ses terres et sa région, abandonner ses biens pour s’installer en territoire français.






Ainsi s'ouvrira le chapitre de l'histoire de ceux qu'on appelle les optants qui a divisé ces familles pendant des années.








Déclaration des députés des départements du Haut Rhin, du Bas Rhin, de la Meurthe, de la Moselle et des Vosges.




































samedi 29 février 2020

JANIN, Maître verrier

Joseph JANIN. C'est un nom bien connu des amateurs de vitraux. On le retrouve souvent associé aux travaux réalisés par l'Ecole de Nancy.
La famille Janin est originaire de Metz. Joseph Janin est le fils de François, tailleur de pierres à Metz. Il naîtra le 13 février 1851 à Woippy.


L'apprentissage.
Laurent Charles MARECHAL, auto-portrait



Intéressé par le dessin et le travail du verre, il suivra une formation de verrier dans les ateliers de Laurent Charles Maréchal installé à Metz. Formation de qualité chez Maréchal, Maître Verrier de renommée nationale qui a participé à de nombreux travaux.








sacristie sud Notre Dame


Citons les vitraux de la sacristie du flan sud de Notre Dame de Paris restaurée par Viollet-Leduc et la commande de vitraux pour l'Exposition Universelle de 1855.




Les ateliers sont installés au 4, Rue de Paris à Metz à partir de 1853 et c'est là que Joseph Janin fera son apprentissage.


Au début de la guerre de 1870, Joseph fuit par la Belgique puis revient en France engagé dans l'armée de Faidherbe. Après la guerre, retour à Woippy où naîtra son fils Georges, avant que la famille ne déménage à Nancy.

l'installation et l'évolution.


Fort de ses acquisitions en apprentissage, Joseph débute ses activités à Nancy et, très vite, collaborera à de nombreux travaux régionaux , gagnant ainsi une solide réputation qui lui permet de reprendre la succession des ateliers de Victor Höner. 




Il participe à des réalisations collectives avec les acteurs de l'Ecole de Nancy avec laquelle il collaborera à de nombreux projets sur la cité nancéenne.




Fin de carrière et succession:
Il assurera la formation de son fils, Georges, qui suit les pas de son père. Père et fils travailleront ensemble avant que Georges ne fonde son propre atelier.



De santé fragile, Joseph devra faire de nombreux séjours pour se reposer dans les Vosges avant de s'établir définitivement à Raon-l'Etape où il décédera en 1910.

Après le décès de Joseph Janin, l'activité de l'atelier se poursuivra avec le fils, Georges, qui se forge une bonne notoriété pour son travail, comme en témoignent ses nombreuses réalisations dans les années 20/30. A son décès en 1955, les activités de l'atelier se poursuivront sous le nom de SA Benoit à partir d 1957, puis sous celui d' Atelier SA 54 à partir de 1970.


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Les réalisations régionales de Joseph Janin:

1) L'église Bon Secours de Nancy.




Les remaniement de cette église ont eu lieu sous le règne de Stanislas qui en fera le symbole de son duché qui verra son  point d'orgue avec la commande de son mausolée à l'architecte Emmanuel Héré.







Rappelons que cette  église accueille, entre autres personnages,  les tombeaux de Stanislas Leszczynski et de Catherine Opalinska son épouse.
Choeur de l'église, Vitraux Maréchal


Les vitraux du choeur ont été repris en 1872. C'est l'atelier du Maître Verrier messin, Laurent Charles Maréchal, qui s'en chargera.Ces vitraux ont été commandés en 1868 par Napoléon III, à la demande de l'impératrice Eugénie. 




Vitrail Janin

Les vitraux de la nef ont été conçus par son élève Joseph Janin, peintre verrier qui réalisera un ensemble très lumineux grâce aux sept vitraux de la nef posés en 1904. chaque vitrail comporte un médaillon illustrant une scène de l'histoire de l'église Bon Secours.


Médaillon d'un vitrail







2) La villa Bergeret.


Villa Bergeret

Réalisée en 1904, cette villa symbolise l'union des arts ici pleinement réalisés, puisque Louis Majorelle, Eugène Vallin, Victor Prouvé, Joseph Janin et Jacques Grüber participent à la finition de l'édifice.  Le peintre verrier Joseph Janin exécute trois ensembles de verrières: au rez de chaussée celle du jardin d'hiver et, aux étages, celles des impostes des portes.




Vitrai en imposte signé Janin


3) La résidence Poincaré à Sampigny.



Villa Poincaré



Ces vitraux ont été détruis durant la première guerre mondiale, plus exactement en septembre 1914.




Copie d'après Janin



Ceux que nous voyons aujourd'hui en sont une copie d'après les originaux.












Les réalisations locales de Joseph Janin



Fuite en Egypte


1) Neufchâteau, église St Christophe. 

Il s'agit d'un vitrail sur la fuite en Egypte réalisé par les ateliers Janin en 1898.












2) Liffol le Grand. 
Les ateliers  Joseph Janin & Victor Höner  ont réalisé un vitrail sur Jeanne d'Arc en 1890.








St Vincent et les vignerons



3) Vittel, Eglise St Rémy. 
Il s'agit de plusieurs vitraux, Jeanne d'Arc, St Vincent et les vignerons, St Dominique, tous réalisés par les ateliers Janin en 1900.







Baptême du Christ




4) Damblain

Le vitrail intitulé Baptême du Christ, offert par la famille Bernard, a été réalisé par les ateliers Janin en 1901.







La liste des travaux réalisés n'est certainement pas close, les ateliers Janin ayant réalisé beaucoup de vitraux, en particulier en Lorraine destinés à des édifices religieux.

Ce qui n'empêchait pas de travailler à des réalisations différentes comme la publicité . . . 






Pour preuve ce vitrail publicitaire réalisé pour une célèbre marque de champagne en 1903, visible aujourd'hui au musée de l'Ecole de Nancy.










Généalogie de la famille Janin